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lundi 31 août 2015

Solidarité internationale

Liberté pour Alexandr Koltchenko
et Oleg Sentsov, activistes de Crimée
kidnappés et emprisonnés par l’Etat russe !



L’Etat russe vient de condamner Alexandr Koltchenko à 10 ans d’emprisonnement et Oleg Sentsov à 20 ans de la même peine. L’accusation de « terrorisme » qui a servi à couvrir cette ignoble décision d’un tribunal qui exécute les ordres du pouvoir politique russe n’a aucun fondement.







Depuis plusieurs mois, nos organisations ont lancé une campagne pour informer de la situation faite notamment à A. Koltchenko, connu en Crimée pour ses engagements antifascistes, syndicaux, anarchistes, écologistes. Nous soutenons bien entendu aussi le cinéaste O. Sentsov et toutes celles et tous ceux qui sont victimes de la répression du régime de Poutine.



Alexandr Koltchenko et Oleg Sentsov sont condamnés à des années de camps de travail parce qu’ils luttent contre l’oppression exercée par l’Etat russe ; tant sur le territoire russe qu’en Crimée, celle-ci est inadmissible et nous saluons celles et ceux qui résistent.



  • A. Koltchenko est étudiant et militant syndical ; il travaillait aussi comme postier, en parallèle de ses études. Il défend activement, par sa pratique, le droit de s’organiser librement, le droit de créer et faire vivre des organisations associatives, syndicales, écologistes ou politiques.
  • Il fait partie des hommes et des femmes qui luttent contre l’extrême droite, qu’elle soit ukrainienne, russe ou autre.
  • Parce qu’il lutte contre la corruption et pour l’égalité des droits entre tous et toutes, A. Koltchenko, est la cible des clans oligarchiques, en Russie, en Ukraine.
  • A. Koltchenko milite pour le droit de chaque peuple à décider de son avenir.

    A travers A. Koltchenko, ce sont les libertés démocratiques de tous et toutes que nous défendons. Notre démarche, comme celle d’A. Koltchenko, s’oppose donc à celles et ceux qui veulent restreindre ces libertés. Nous exigeons la libération d’A. Koltchenko et du cinéaste ukrainien O. Sentsov.


    Pour la libération immédiate d’Alexandr Koltchenko, d'Oleg Sentsov et pour les libertés démocratiques dans tous les pays, nous appelons à amplifier la solidarité internationale afin de dénoncer leur enlèvement et leur détention par les autorités russes, exiger leur libération immédiate, et pour que le gouvernement ukrainien revendique explicitement leur libération.

    Nos organisations se réuniront prochainement pour décider des nouvelles actions à mener en France, pour obtenir la libération des prisonnier-es politiques de l’Etat russe ; nous sommes en lien avec des mouvements de nombreux autres pays : c’est une campagne internationale que nous menons, pour la liberté de nos camarades et contre le terrorisme d’Etat du pouvoir politique russe.
    25 août 2015

    Organisations signataires : Ligue des Droits de l’Homme, Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, Groupe de résistance aux répressions en Russie, Ukraine Action, Russie-Libertés, CEDETIM - Initiatives Pour un Autre Monde - Assemblée Européenne des Citoyens, Action antifasciste Paris-Banlieue, Collectif Antifasciste Paris Banlieue, Mémorial 98, Union syndicale Solidaires, CNT-f, CNT-SO, Emancipation, FSU, FSU 03, CGT Correcteurs, SUD éducation, SUD-PTT, Alternative Libertaire, Ensemble ! (membre du Front de gauche), L’Insurgé, NPA, Fédération Anarchiste, Critique sociale.

samedi 29 août 2015

Histoire

Sous la plage, les pavés (7)


Comme tous les ans, l'été venue, les luttes refluent. Pour autant, le blog d'Alternative libertaire Marseille ne prendra pas de vacances.

Car "la trêve estivale" est aussi le moment de reprendre des forces, de se préparer à la rentrée sociale, qui nous espérons chaque année fera enfin trembler l'Etat et le patronat. C'est aussi l'occasion de réfléchir, de lire, de se fabriquer des munitions intellectuelles avant de repartir au combat.

Pendant le mois d'août, nous vous invitons à revisiter le passé, à travers des personnes, des mouvements qui ont marqué l'histoire révolutionnaire et tout particulièrement celle du courant communisme libertaire.

Pour clore cette série historique, nous revenons sur l'expérience de l'UTCL à travers un entretien avec Théo Rival sur son livre Syndicalistes et libertaires. Il a été publié dans Alternative libertaire n°232 d'octobre 2013.

L’UTCL n’a pas fait l’impasse 

sur l’action en entreprise



Dans son livre Syndicalistes et libertaires, Théo Rival revient sur l’expérience de l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) de 1974 à 1991. Parce que ce livre est riche d’enseignements pour nos luttes, nous revenons dans cet entretien sur la conception de l’action révolutionnaire qu’a porté cette organisation.




Alternative libertaire : En 1976, la tendance UTCL est exclue de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (Ora) : la fracture se cristallise autour de l’intervention syndicale. Quels en sont alors les enjeux ?

Théo Rival : Lorsque les militants et militantes qui vont fonder l’UTCL « entrent » en syndicalisme, ils le font lors des grandes grèves de 1974 qui touchent principalement les banques et les PTT. Ils découvrent alors qu’une pratique révolutionnaire ne peut pas faire l’impasse sur l’action en entreprise, au travers du syndicalisme notamment. On peut avoir le plus beau tract du monde, avec inscrit dessus « communisme libertaire » en énormes caractères, si l’on n’a pas une pratique de masse dans les entreprises, au plus près des travailleurs et des travailleuses et à partir de leurs préoccupations quotidiennes, on est au final réduit à l’impuissance.

Cette découverte ils la font concrètement, au centre de tri de Paris-Brune par exemple, où est implanté un groupe Postier affranchi lié à l’Ora. Il faut toutefois parler de « découverte » entre guillemets, car l’Ora, qui se crée dans l’immédiat après-Mai 68, n’avait pas laissé la question syndicale dans son angle mort : bien au contraire, la grande majorité de ses membres adhéraient, et bien souvent militaient, au sein de la CFDT, alors autogestionnaire.

Mais, malgré la crise du gauchisme ouverte en 1973, une partie des militantes et militants parisiens de premier plan de l’Ora veulent continuer de croire à l’imminence de la révolution : ils et elles s’enthousiasment pour l’autonomie italienne et vont progressivement professer un anti-syndicalisme de plus en plus affirmé.

mardi 25 août 2015

Histoire

Sous la plage, les pavés (6)


Comme tous les ans, l'été venue, les luttes refluent. Pour autant, le blog d'Alternative libertaire Marseille ne prendra pas de vacances.

Car "la trêve estivale" est aussi le moment de reprendre des forces, de se préparer à la rentrée sociale, qui nous espérons chaque année fera enfin trembler l'Etat et le patronat. C'est aussi l'occasion de réfléchir, de lire, de se fabriquer des munitions intellectuelles avant de repartir au combat.

Pendant le mois d'août, nous vous invitons à revisiter le passé, à travers des personnes, des mouvements qui ont marqué l'histoire révolutionnaire et tout particulièrement celle du courant communisme libertaire.

Nous continuons avec une courte histoire de l'UTCL où ont milité aussi bien Daniel Guérin que Georges Fontenis. Cette organisation communiste libertaire s'est autodissoute en 1991 pour fonder Alternative Libertaire. Il a été publié dans Alternative libertaire n°207 de juin 2011.


Avant l’AL, L’UTCL : 

de la tendance au réseau



L’un des principaux apports à la naissance d’AL en 1991 vint de l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL). Dix-sept années durant, cette organisation s’était efforcée de faire vivre une orientation libertaire contemporaine dans la lutte des classes.





Avant d’être une organisation proprement dite, l’Union des travailleurs communistes libertaires est une tendance au sein de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) (1). Dans la foulée de 1968, cette dernière avait su attirer à elle de nombreux jeunes rebutés par les organisations léninistes, trotskystes ou maoïstes.

Si l’on doit qualifier le projet politique de l’ORA, disons qu’elle cherche à construire une organisation pour « l’anarchisme ouvrier ». Aux références au marxisme de plus en plus assumées s’ajoute une volonté d’intervention en entreprise se traduisant notamment par l’édition de bulletins de boîtes. Deux d’entre eux vont durer : Le Rail enchaîné à la SNCF et Le Postier affranchi aux PTT. Animés par de jeunes salarié-e-s, ils témoignent de ce qui, aux yeux d’un certain nombre, fait la pertinence de l’ORA. À l’inverse, alors que s’éloignent les espoirs de révolution imminente, la majorité de l’ORA entame une évolution qui la conduira à rompre avec cette orientation ouvrière pour lui préférer un mouvementisme lorgnant du côté de l’autonomie italienne.

dimanche 23 août 2015

Histoire

Sous la plage, les pavés (5)


Comme tous les ans, l'été venue, les luttes refluent. Pour autant, le blog d'Alternative libertaire Marseille ne prendra pas de vacances.

Car "la trêve estivale" est aussi le moment de reprendre des forces, de se préparer à la rentrée sociale, qui nous espérons chaque année fera enfin trembler l'Etat et le patronat. C'est aussi l'occasion de réfléchir, de lire, de se fabriquer des munitions intellectuelles avant de repartir au combat.

Pendant le mois d'août, nous vous invitons à revisiter le passé, à travers des personnes, des mouvements qui ont marqué l'histoire révolutionnaire et tout particulièrement celle du courant communisme libertaire.

La série historique se poursuit avec la Révolution française à travers l'oeuvre considérable de Daniel Guérin sur ce sujet. Initialement publié en 1998 à l'occasion des dix ans de sa mort, dans le hors-série Daniel Guérin de Alternative libertaire, ce texte est repris du site DanielGuerin.info, en rétablissant le titre d'origine et en rajoutant les notes manquantes.
A noter la réédition de Bourgois et bras nus aux éditions Libertalia, avec une préface de Claude Guillon animateur du blog La Révolution est nous.


La révolution plurielle
(pour Daniel Guérin)


Le bicentenaire de la Révolution française ? Avant tout, un grand brassage médiatique. Son principal mérite est de faire sortir de l'ombre des acteurs de ces années de braise. Des personnalités ont retrouvé vie, qui n'étaient plus que des noms sur les pages des manuels. Sur la lancée, on revient aux auteurs qui, en leur temps, ont entrepris de dresser le bilan de la "décennie sans pareille". Bref, dans ce bric-à-brac des commémorations, il est possible de trouver l'utile.



Le rappel du passé ne va pas sans oublis significatifs parce que rarement innocents. Parmi les victimes de l’amnésie officielle du Bicentenaire, Daniel Guérin. Ce chercheur militant a consacré à la Révolution française un livre qui, lors de sa parution, en 1946, fut diversement accueilli (1). L’ouvrage figure dans les bibliographies sérieuses. Mais, de son contenu, il est rarement question (2).

Pourtant, dans le grand débat politique qui se déroule sur le sens et l’actualité de la Révolution, Daniel Guérin peut apporter beaucoup. Il nous propose en effet une méthode d’interprétation du processus révolutionnaire susceptible de dissiper un certain nombre de confusions.

Ecartons d’abord un malentendu. Daniel Guérin n’est pas un historien, au sens classiquement universitaire du terme. Ses démonstrations sont étayées par des références précises aux événements et il a travaillé sur toute la documentation qui était accessible dans les années quarante. Mais il n’apporte rien de fondamentalement nouveau dans la reconstitution du passé : pas de trouvailles d’archives, pas d’éléments biographiques inédits ni de récits originaux. De ce point de vue, il est impossible de comparer son oeuvre à celles de Georges Lefebvre, d’Albert Soboul ou de tous ceux qui, à leur suite, ont défriché le champ du mouvement populaire, rural et urbain, dans les années révolutionnaires.

Une lecture révolutionnaire

La visée de Guérin est autre. C’est en tant que révolutionnaire (3) qu’il interroge la Révolution française : d’un événement d’une telle ampleur, il faut tirer des leçons actuelles car, dans le temps et dans l’espace, le combat contre l’exploitation est un, par-delà les évidentes différences des périodes et des cultures. Le militant du XXe siècle, qui a été confronté aux expériences exaltantes et sinistres de la révolution d’Octobre et de sa dégénérescence, peut porter sur les luttes anciennes un regard neuf, il peut mieux en comprendre les limites, les contradictions, la portée. En retour, la connaissance du passé lui permet de mieux aborder la complexité du présent.


mardi 18 août 2015

Histoire

Sous la plage, les pavés (4)


Comme tous les ans, l'été venue, les luttes refluent. Pour autant, le blog d'Alternative libertaire Marseille ne prendra pas de vacances.

Car "la trêve estivale" est aussi le moment de reprendre des forces, de se préparer à la rentrée sociale, qui nous espérons chaque année fera enfin trembler l'Etat et le patronat. C'est aussi l'occasion de réfléchir, de lire, de se fabriquer des munitions intellectuelles avant de repartir au combat.

Pendant le mois d'août, nous vous invitons à revisiter le passé, à travers des personnes, des mouvements qui ont marqué l'histoire révolutionnaire et tout particulièrement celle du courant communisme libertaire.

Cette fois il est question de l'insurrection algérienne à travers un entretien de Georges Fontenis à L’Emancipation syndicale et pédagogique revue de la tendance intersyndicale Emancipation. Ce texte est repris du site internet Recherche sur l'anarchisme.


Un entretien avec Georges Fontenis. 

Il y a 50 ans, l’insurrection algérienne


Chacun y allant de sa commémoration du cinquantenaire de l’atroce guerre d’Algérie, à notre manière il nous a paru utile de rappeler que nous nous sommes opposéEs à la barbarie colonialiste qui façonne, aujourd’hui encore, l’inconscient français. Pour cela nous avons interrogé notre camarade Georges Fontenis sur son activité à l’époque au sein de la Fédération Communiste Libertaire (FCL) et à l’Ecole Emancipée.





L’Emancipation : "La Toussaint rouge", le 1er novembre 1954, marque le déclenchement de l’insurrection. Dès le 9 septembre dans Le Libertaire n°391, vous aviez publié un article critique sous la plume de Paul Philippe à propos du congres du MTLD (Mouvement Pour le Triomphe des Libertés Démocratiques). Est-ce à dire que vous pouviez prévoir l’imminence du passage à lu lutte armée ?

Georges Fontenis : La FCL prévoyait clairement le déclenchement de l’insurrection, sans pouvoir bien entendu donner de date. C’est parce que nous avions, d’abord dans les rangs de la FCL des camarades algériens bien formés qui nous apprenaient quelle était la mentalité générale dans les villes et la campagne algériennes. Et nous avions aussi des camarades directement liés a nous du Mouvement Libertaire Nord Africain (MLNA) qui nous faisaient prévoir aussi des événements.
L’article de Paul Philippe à propos du congrès du MTLD n’a donc rien de surprenant, si ce n’est qu’à cette époque nous étions les seuls strictement à pouvoir nous douter que quelque chose d’extraordinaire se passerait très bientôt. Nous reparlerons de cet article de Paul Philippe.
Il y avait aussi le souvenir cruel chez beaucoup d’Algériens des évènements de Sétif de mai 1945 (1). D’ailleurs au cours des événements de 45, L’Humanité et le PC ne s’étaient pas couverts de gloire, c’est le moins qu’on puisse dire, Ils sanctifiaient l’unité derrière un gouvernement De Gaulle dans lequel des communistes étaient présents, dont d’ailleurs le ministre de l’armement Tilion.

L’Emancipation : La défaite du corps expéditionnaire de Dien Bien Phû a-t-elle influencé la décision du CRUA (2) pour passer à la lutte armée ?

G.F. : Sans doute la défaite de la France colonialiste au Vietnam n’était pas pour rien non plus, à la fois dans la préparation de l’insurrection algérienne et dans notre clairvoyance. Il ne faut pas oublier que bien des militants qui seront des animateurs du FLN plus tard étaient, au moment de la guerre d’Indochine, dans l’année française, et la défaite du corps expéditionnaire français n’a pas été pour rien dans le déclenchement de l’insurrection de novembre 1954.

lundi 10 août 2015

Histoire

Sous la plage, les pavés (3)


Comme tous les ans, l'été venue, les luttes refluent. Pour autant, le blog d'Alternative libertaire Marseille ne prendra pas de vacances.

Car "la trêve estivale" est aussi le moment de reprendre des forces, de se préparer à la rentrée sociale, qui nous espérons chaque année fera enfin trembler l'Etat et le patronat. C'est aussi l'occasion de réfléchir, de lire, de se fabriquer des munitions intellectuelles avant de repartir au combat.

Pendant le mois d'août, nous vous invitons à revisiter le passé, à travers des personnes, des mouvements qui ont marqué l'histoire révolutionnaire et tout particulièrement celle du courant communisme libertaire.

 Les contributions de Daniel Guérin au mouvement révolutionnaire sont nombreuses. Dans cet entretien publié par Questions de Classe (S) site alternatif d'éducation, de lutte et de pédagogie, il est question de son classique Fascisme et grand capital.


Réédition de Fascisme et grand capital 

cinq questions à Charles Jacquier



« Oui, nos camarades de combat, nos aînés sont ceux-là dont on se rit parce qu’ils n’ont pas la force et sont apparemment seuls. Mais ils ne le sont pas. La servitude seule est solitaire, même lorsqu’elle se couvre de mille bouches pour applaudir la force. Ce que ceux-là au contraire ont maintenu, nous en vivons encore aujourd’hui. S’ils ne l’avaient pas maintenu, nous ne vivrions de rien. » (Albert Camus)




Après l’entretien avec Guillaume Davranche à l’occasion de la sortie de Trop jeunes pour mourir, voici une seconde rencontre pour un autre ouvrage chez le même éditeur, Libertalia, qu’il faut remercier de ces publications si précieuses !

Bien qu’il s’en défende, Charles Jacquier est l’un des grands connaisseurs du mouvement ouvrier révolutionnaire de l’entre-deux-guerres. Au cours des quinze dernières années, ce postier, adhérent de SUD-PTT, a largement contribué au renouveau éditorial critique en proposant de nouvelles publications des travaux de Maurice Dommanget, Franz Jung, Marcel Martinet, Victor Serge et quelques autres. Il vient tout juste de coordonner la réédition du précieux Fascisme et grand capital de Daniel Guérin (éditions Libertalia, novembre 2014), aussi avons-nous décidé de lui donner la parole.

Pourriez-vous revenir sur l’histoire éditoriale de Fascisme et grand capital ? Que proposez-vous de nouveau avec cette édition ?

Charles Jacquier - Fascisme et grand capital est en effet un livre qui a une longue histoire. Son auteur, alors jeune militant proche de la revue syndicaliste La Révolution prolétarienne, avait effectué deux voyages en Allemagne, l’un durant l’été 1932, l’autre au printemps 1933. À son retour, il publia des articles dans divers périodiques : pour le premier, l’hebdomadaire d’Henri Barbusse Monde, La Révolution prolétarienne, et le magazine Regards ; essentiellement le quotidien socialiste Le Populaire pour le second. On peut retrouver ce témoignage, épuré, dans La Peste brune. D’autre part, dès l’arrivée des premiers militants allemands antinazis à Paris, Daniel Guérin eut l’idée de réunir certains d’entre eux pour mettre les milieux révolutionnaires français « à l’école des réfugiés allemands » afin de bénéficier « de leurs connaissances théoriques et de leur expérience pratique ». Il s’agissait de tirer les leçons des erreurs du mouvement ouvrier allemand pour ne pas les répéter dans d’autres pays confrontés au fascisme. Mais, comme souvent, la proximité de l’événement et les questions de personnes prirent le dessus sur la discussion théorique. Cela constitua néanmoins une première prise de contact entre militants français (outre Guérin lui-même, Michel et Simone Collinet, René Lefeuvre, Magdeleine Paz, Marceau Pivert, Simone Weil) et allemands (Ruth Fischer, Paul Frölich, Boris Goldenberg, Kurt Landau, Arkadi Maslov, August Thalheimer, Jakob Walcher). C’est d’ailleurs Simone Weil qui l’incita à entreprendre cette étude « afin de combattre le fascisme au moyen de recherches érudites ». La première édition de Fascisme et grand capital a paru chez Gallimard en 1936 à la suite d’une intervention d’André Malraux. Comme l’explique l’auteur, le but de l’ouvrage était le suivant : « Exposer les véritables raisons de la victoire fasciste ; démasquer, sans ménagement, les défaillances des partis ouvriers vaincus, que d’autres s’obstinaient à camoufler ; convaincre le lecteur qu’on ne pouvait pas combattre le fascisme en s’accrochant à la planche pourrie de la démocratie bourgeoise, qu’il fallait donc choisir entre fascisme et socialisme… » Mais, explique-t-il encore, « quand le livre atteignit l’étalage des librairies, alors que le rédacteur avait, depuis belle lurette, repris sa tâche de militant, le mouvement ouvrier était déjà fourvoyé, irréparablement dans une direction contraire à celle qu’on l’adjurait de prendre ; sous couleur de combattre le fascisme, il s’était accouplé avec une démocratie bourgeoise en putréfaction ». Cependant, le livre poursuivit sa route et fit l’objet de traductions, notamment aux États-Unis en 1938.

Après-guerre, une édition revue et actualisée est publiée en 1945, toujours chez Gallimard, puis aux éditions Maspero en 1965. Le livre y reparaît régulièrement et passe en poche dans la « Petite Collection Maspero ». Les premiers titres paraissent en 1967, et sous le titre de Sur le fascisme qui porte les numéros 45 et 46 (sur les 278 titres que compte la collection) sont réédités La Peste brune (volume I) et Fascisme et grand capital (volume II). La dernière édition de poche date de 1983. Sur le fascisme sera repris en 2001 dans la collection « Redécouverte » des éditions la Découverte (qui avaient récupéré le fonds Maspero) – une collection de réimpression à l’identique avec un tout petit tirage. Deux ans auparavant, Fascisme et grand capital avait aussi fait l’objet d’une réédition dans une coédition Syllepse et Phénix éditions dans le contexte de la montée de l’extrême droite en Europe, avec une préface d’Alain Bihr, sociologue et auteur de Pour en finir avec le Front national (1992) et Le spectre de l’extrême droiteLes Français et le Front national (1998). Voilà pour la longue histoire de ce livre.

mardi 4 août 2015

Histoire

Sous la plage, les pavés (2)


Comme tous les ans, l'été venue, les luttes refluent. Pour autant, le blog d'Alternative libertaire Marseille ne prendra pas de vacances.

Car "la trêve estivale" est aussi le moment de reprendre des forces, de se préparer à la rentrée sociale, qui nous espérons chaque année fera enfin trembler l'Etat et le patronat. C'est aussi l'occasion de réfléchir, de lire, de se fabriquer des munitions intellectuelles avant de repartir au combat.

Pendant le mois d'août, nous vous invitons à revisiter le passé, à travers des personnes, des mouvements qui ont marqué l'histoire révolutionnaire et tout particulièrement celle du courant communisme libertaire.

Après Georges Fontenis, notre série estivale continue avec Daniel Guérin une autre figure marquante de l'histoire du communisme libertaire français. Ecrit à l'occasion des 100 ans de sa naissance, l'article que nous vous proposons donne un aperçu de son parcours et de la diversité de ses engagements. Il a été publié dans le numéro 129 d'Alternative Libertaire, en mai 2004.


Daniel Guérin, la contestation permanente



Historien engagé, socialiste révolutionnaire (marxiste et libertaire), anticolonialiste, antifasciste, antiraciste, antimilitariste, militant de l’émancipation homosexuelle... Il n’est pas aisé de résumer en quelques mots la contribution intellectuelle et militante de Daniel Guérin au mouvement révolutionnaire, telle a été la diversité de ses engagements pendant plus d’un demi siècle.



Né il y a cent ans, le 19 mai 1904, Daniel Guérin sera de tous les combats, jouant souvent un rôle de pionnier. Son Fascisme et grand capital de 1936, par exemple, rédigé sur le conseil de Simone Weil et d’autres amis antifascistes et inspiré par les travaux de Léon Trotsky, d’Andres Nin et d’Ignazio Silone, sera une des premières études scientifiques du fascisme, et reste pour beaucoup son chef-d’œuvre.

Son étude controversée de la Révolution française, La Lutte de classes sous la Première République, 1793-1797, parue en 1946, provoque un tollé parmi les historiens universitaires (et surtout communistes ou communisants) mais est pour Jean-Paul Sartre « un des seuls apports enrichissants des marxistes contemporains aux études historiques ».

Daniel Guérin est aussi un anticolonialiste de la première heure, ayant compris très tôt, après des séjours au Liban, en Syrie, à Djibouti et au Vietnam en 1927-1929, les réalités sociales du colonialisme et l’hypocrisie de la prétendue « mission civilisatrice » de la République française.

Il joue un rôle instigateur dans le mouvement de soutien aux nationalistes et révolutionnaires marocains et algériens, et figure par exemple parmi les premiers signataires du « manifeste des 121 » de 1960, qui déclare sans ambages que « la cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres ».

Quand François Mitterrand (alors ministre de l’Intérieur) déclare que « l’Algérie, c’est la France », Guérin lui répondra (à un meeting organisé par le Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord) que « l’Algérie n’a jamais été la France ».

Á l’époque où se déclenche la Guerre froide, Guérin fait également partie de la minorité d’intellectuels de gauche qui rejette l’hystérie belliciste provoquée par la guerre de Corée en refusant de s’allier à Moscou ou à Washington et en revendiquant « le droit d’attaquer le Big Business, sans pour autant cesser d’être, depuis toujours, un adversaire déclaré du régime stalinien et de la politique extérieure russe ».

Et en 1968, Guérin est parmi les premiers à reconnaître l’importance et la signification du mouvement de mai, faisant publier dans Le Monde du 8 mai, avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Michel Leiris et Colette Audry, une déclaration faisant appel à « tous les travailleurs et intellectuels à soutenir moralement et matériellement le mouvement de lutte engagé par les étudiants et les professeurs ».


samedi 1 août 2015

Histoire

Sous la plage, les pavés (1)


Comme tous les ans, l'été venue, les luttes refluent. Pour autant, le blog d'Alternative libertaire Marseille ne prendra pas de vacances.

Car "la trêve estivale" est aussi le moment de reprendre des forces, de se préparer à la rentrée sociale, qui nous espérons chaque année fera enfin trembler l'Etat et le patronat. C'est aussi l'occasion de réfléchir, de lire, de se fabriquer des munitions intellectuelles avant de repartir au combat.

Pendant le mois d'août, nous vous invitons à revisiter le passé, à travers des personnes, des mouvements qui ont marqué l'histoire révolutionnaire et tout particulièrement celle du courant communisme libertaire.

C'est Georges Fontenis qui inaugure cette série historique. Militant d'Alternative libertaire jusqu'à sa mort le 9 août 2010, il est un acteur majeur du mouvement anarchiste français d'après la seconde boucherie mondiale. Le texte ci-dessous repris du site internet Ballast retrace les grandes lignes de sa vie.


Georges Fontenis

pour un communisme libertaire


Dépasser, d'une main, l'anarchisme incantatoire, idéaliste et naïf et, de l'autre, le communisme autoritaire, bureaucratique et fossoyeur d'autonomie ? Fédérer le meilleur de ces deux traditions qui, depuis la célèbre rixe qui opposa Marx à Proudhon, s'affrontèrent à l'envi — et parfois dans le sang ? C'est ce que tenta Georges Fontenis, figure importante, quoique fort peu connue hors des cercles militants, du communisme libertaire français. Engagé dans la lutte anticolonialiste lors de la guerre d'Algérie, complice d'une tentative d'attentat contre Franco, ce militant inlassable fut aussi un personnage controversé, tant il bouscula, avec plus ou moins de succès, les lignes de sa propre famille politique.


 « On peut dire que des attitudes, des réflexions, des manières d'agir que nous pouvons qualifier de révoltées, de non conformistes, d'anarchistes au sens vague du terme, ont toujours existé. Mais la formulation cohérente d'une théorie communiste anarchiste remonte à la fin du XIXe siècle, et se poursuit chaque jour, se précise, se perfectionne avec l'apport de l'expérience historique », écrivit en 1953 Georges Fontenis, dans le Manifeste du communisme libertaire. Et ce fut là tout son engagement, tout son combat. À l’anarchisme qu'il jugeait fossilisé, littéraire, vague et sentimental, il opposa une autre conception, à la fois communiste et libertaire, qui prenait racine au sein de la 1ère Internationale, avec les apports des penseurs et militants Mikhaïl Bakounine et Karl Marx.

Georges Fontenis, c'est un parcours parfois aventureux et toujours à la recherche de la voie qui selon lui serait la bonne, quitte à briser les tabous et les dogmes entretenus par quelques gardiens autoproclamés du « temple anarchiste » — ceux-là mêmes qui n’eurent de cesse de le salir (et continuent de le faire). Mais pourquoi ce personnage a-t-il à ce point divisé, bousculé et clivé le mouvement libertaire français ?

De la découverte du socialisme à la Fédération anarchiste

Né dans une famille ouvrière, Fontenis passe son enfance en banlieue parisienne. À partir de 1934, il dévore les journaux syndicalistes et socialistes révolutionnaires. C’est à l’age de dix-sept ans que ses idées politiques se précisent et qu’il décide de rejoindre l’Union anarchiste. Il y découvre les œuvres de Bakounine et de Kropotkine puis vend Le libertaire à la criée.

Sous l’Occupation, il parvient à éviter le Service du travail obligatoire en Allemagne et, une fois instituteur, il rejoindra le syndicat des instituteurs de la CGT clandestine. À la libération de Paris, il devient l'un des animateurs (puis bientôt le secrétaire) de la Commission des jeunes du syndicat puis sera désigné pour siéger à la Commission d’épuration de l’Éducation nationale, afin d’élucider les faits de collaboration dans l’enseignement (il sera en charge des cas les plus conséquents : les recteurs et les inspecteurs d’Académie qui servirent, non sans zèle, le régime de Vichy et l’occupant nazi). Après un passage à la CNT, il participe, au début des années 1950, à la refondation de L’École émancipée — une tendance révolutionnaire du syndicalisme enseignant.

Après avoir pris part au congrès fondateur de la Fédération anarchiste (FA) en octobre 1945, et suite à plusieurs sollicitations de ses camarades, il intervient un an plus tard, au nom des Jeunesses Anarchistes (dont il est le secrétaire) à la fin du congrès de Dijon. Le discours est fort. Sans gants ni détours, il dénonce les « démolisseurs, les contemplateurs de leur nombril, les “enfileurs de phrases” vains et néfastes » qui paralysent le congrès. Ce jeune homme, qui semblait faire consensus au sein d’une FA divisée en ces temps d'après-guerre, n'a que vingt-six ans.